Les brevets valent de lor, et pas seulement parce quils protègent une invention. Ils peuvent en inspirer dautres. Mais encore faut-il être au courant. Dans le milieu horloger, 80 % de linformation se trouve dans la publication des brevets. Centredoc en a fait son fond de commerce.
Depuis 1964, lentreprise neuchâteloise Centredoc offre des prestations de recherche dinformation et de veille à caractère scientifique, technique, économique, commercial et brevets. Son idée force: informer le client de toute nouvelle invention susceptible de lintéresser. Cest pourquoi tout brevet ou demande de brevet traitant du domaine horloger se voit systématiquement traqué. Linformation horlogère spécialisée, qui est à la base même de cette firme, représente 50 % de ses activités. Les PME, comme certaines multinationales, trouvent un intérêt grandissant à se tenir au courant, pour savoir ce qui se fait et, souvent, y glaner quelques idées.
Comment connaître les dernières nouveautés en matière dhabillage horloger? Mon invention vient en perfectionner une autre. Est-ce-que cette dernière est protégée par un brevet? Ces questions fusent un jour ou lautre dans la tête de tout artisan, créateur ou chef de projet. Et mieux vaut en connaître la réponse pour éviter les mauvaises surprises.
Voilà pourquoi Centredoc a mis au point deux revues spécialisées, la RIH la Revue des Inventions Horlogères et Kokaï. Centrées sur les brevets, elles résument létat des inventions dans les secteurs de lhorlogerie mécanique, de lhorlogerie électronique et de lhabillage
La contrepartie de lexclusivité
Car le monde de la propriété intellectuelle a ses règles: subtiles et complexes. Lobtention dun brevet se fait en plusieurs étapes dont la plus importante est sa publication. A ce stade, la description de linvention est, dans ses moindres détails, portée à la connaissance du public. Ensuite, chaque année, le détenteur devra payer des annuités pour prolonger son brevet sil veut en conserver les droits exclusifs dexploitation, et ce pour chaque pays dans lequel il la déposé chaque pays ayant sa procédure. A noter quun brevet sera le plus souvent déposé dans les lieux de production et de commercialisation. La date de dépôt de la demande de brevet joue un rôle clé dans la procédure. Si linformation venait à être diffusée avant, un tiers pourrait sen saisir et invalider les droits de paternité de linventeur. Le plus grand secret doit donc être gardé. Une fois linvention déposée, une période de 12 à 18 mois sécoule avant que le brevet ne soit officiellement publié. «La contrepartie de lexclusivité accordée à linventeur, au titulaire du brevet, cest de rendre public la description de linvention afin de contribuer au développement des connaissances», résume Bernard Chapuis, directeur de Centredoc. Doù limportance de se tenir étroitement informé, ce qui constitue le fond de commerce de la firme neuchâteloise. Et cest grâce à ses deux revues que Centredoc diffuse son actualité. La première RIH couvre de nombreux pays européens comme lAllemagne, la France ou la Grande-Bretagne, ainsi que les Etats-Unis. Elle répertorie également les brevets européens et les PCT Patent Cooperation Treaty , une sorte de pré-brevet qui doit être confirmé par le dépôt dune demande dans les pays choisis. Le client peut opter entre plusieurs abonnements. Des partiels, «habillage horloger» et «montre mécanique», et un complet. Centredoc propose également des veilles sur mesure. Dans ce cas, les clients choisissent eux-même les sujets sur lesquels ils veulent être tenus à jour.
Kokaï, la seconde publication, ne soccupe que du Japon. Elle a été créée pour ne pas surcharger la RIH car ce pays enregistre environ 700 demandes de brevets par année contre 500 à 600 pour le reste du monde. Malgré le fait que seule une centaine de ces demandes finiront par recevoir le statut de brevet, cela représente une source dinformation importante et non négligeable. Ces revues aident les entreprises à se protéger contre déventuelles violations de la propriété intellectuelle et permettent en même temps de surveiller lactivité innovatrice de la concurrence.
Idées, protection et marketing
Les revues se déclinent de deux façons; lune sur papier, la seconde sous forme informatique. Dans le premier cas, les abonnés reçoivent des cartes qui résument en quelques phrases le contenu du brevet, indiquent ses avantages et illustrent linvention par des figures-clé. La version informatique se consulte quant à elle sur internet. Labonné a accès à lintégralité des caractéristiques du brevet. Tout est rédigé en anglais pour faciliter la recherche. Et pour les brevets japonais, Centredoc peut fournir un service de traduction. Deux autres publications proches du domaine horloger sajoutent aux précédentes. Dans Infomat se trouve létat de la recherche dans le domaine des matériaux susceptibles dintéresser les horlogers. Quant à Watch Industry Intl News Digest, elle condense des sujets dactualité et résume les dernières informations économiques, commerciales et technologiques de la branche. Se tenir informer, le leitmotiv. Oui, mais pourquoi ? «Il y a mille et une raisons pour lesquelles les entreprises ont avantage à savoir ce qui se passe», déclare Bernard Chapuis avant de poursuivre, «Cela permet dabord de générer de nouvelles idées. Dans le milieu horloger, 80 % de linformation se trouve dans la publication des brevets. Dune certaine manière, ils font office de catalogues des nouveaux produits. La deuxième raison relève de la propriété intellectuelle. En vérifiant les brevets déjà déposés, une entreprise pourra sassurer quelle ne va pas violer les droits dun tiers. Dans ce cas, elle a la possibilité de prendre contact avec le titulaire du brevet et de négocier avec lui les droits de licence». En marketing horloger, linnovation joue également un rôle primordial. Permettant à certaines marques daffirmer leur inventivité, elle stimule tout le secteur par leffet «me-too» qui veut que lon arrive à perfectionner une invention déjà existante. Patek Philippe en a fait récemment la démonstration en produisant une roue dancre en silicium pour échappement à ancre suisse. Grâce à elle, on peut désormais se passer dhuile sur ce composant précis, lhuile qui est la bête noire des mouvements horlogers. Le dépôt de brevet sert ainsi de support à la publicité. Il permet de revendiquer de la compétence technique, du savoir-faire, «raison pour laquelle les entreprises communiquent beaucoup sur les originalités propres à leurs produits», ajoute Bernard Chapuis.
Quand le doute plane
La nouveauté, certes. Mais comment savoir ce qui a déjà été fait? Centredoc peut y répondre par des recherches spécifiques divisées en cinq types différents. Trois dentre eux rencontrent un vif succès. Grâce à «létat de lart», on peut savoir quels brevets ont été publiés sur un sujet précis. La «nouveauté» permet de se lancer dans une procédure de dépôt de brevet en toute connaissance de cause. Et grâce à la «liberté dexploitation», on évite les conflits avec les concurrents en sassurant du champ libre dune nouvelle invention. Les «familles de brevets» les pays où les brevets ont été déposés , et le «statut juridique» connaître létat juridique dun brevet , complètent loffre.
Une formule gagnante
Depuis que Centredoc propose la Revue des Inventions Horlogères via internet en 2000, le nombre dabonnés augmente constamment et 2004 a vu une hausse de 15 % par rapport à lannée précédente. Bernard Chapuis voit lavenir dun oeil positif: «De nombreuses dentreprises pourraient tirer profit de nos outils. Certaines nont pas encore saisi lintérêt dexploiter linformation contenue dans les brevets dinvention. Elles ny voient que le côté juridique et oublient tout ce qui a trait à linnovation. Dautres, au contraire, sabonnent, à nos publications, à nos services de veille technologique, certaines deviennent même sociétaires car elles mesurent combien il est important, pour elles et pour la branche, de disposer de compétences bien établies. En contrepartie, nos sociétaires jouissent de rabais sur nos prestations. Cette formule permet dassurer à nos clients, des prestations de grandes qualités à des coûts très raisonnables. Tout le monde y gagne».